<The Temptation of the Immortal>
Journal n°19
Je me surprends ces jours-ci à tenter de repenser l’avenir du transhumanisme. Une question qui m’habite profondément depuis que je vis avec ces robots.
Le transhumanisme, ce rêve futuriste d’un corps fusionné à la machine, d’une humanité augmentée, capable d’échapper à la mort et aux faiblesses physiologiques, fascine autant qu’il inquiète. Un futur où la chair se mêle au silicium, où les souvenirs se déchargent sur des disques durs, où l’esprit flotte dans un nuage de données, affranchi des faiblesses et des limites du vivant. Un rêve d’immortalité, de puissance décuplée, d’un corps sans âge ni souffrance.
Pourtant, cette aspiration ne fait pas l’unanimité. Le corps reste sacralisé pour beaucoup d’entre nous, cette enveloppe terrestre tangible qui témoigne de notre existence. Le toucher, la douleur, l’usure même sont des preuves de vie. Augmenter, améliorer, transcender, c’est aussi risquer de perdre ce qui fait l’essence de notre être.
Les leaders du transhumanisme, hommes et femmes fortunés de la Silicon Valley, voient déjà l’être humain actuel comme obsolète. Leur course à la prolongation de la vie, à la performance cognitive accrue, est une course menée par la peur, peur de la mort, peur de s’effacer face au temps.
Cette course technologique pose aussi d’importantes questions éthiques et sociales. Si le transhumanisme se concrétise, cela ne profitera qu’à une infime minorité, accentuant les inégalités, creusant le fossé entre ceux qui ont accès aux technologies et ceux qui restent démunis. Face à la crise écologique et aux ressources limitées, comment imaginer que la prolongation exponentielle de la vie soit viable pour une population mondiale ?
Ce que j’entends de cette réflexion, c’est qu’il nous faut un regard critique et nuancé sur le transhumanisme. Un regard capable d’embrasser ses promesses mais aussi ses dangers, et surtout capable de plaider pour une éthique forte, pour un futur qui ne soit pas l’apanage d’une élite.
Je me demande alors comment repenser un transhumanisme inclusif, responsable, respectueux des corps et des conditions de vie de tous ? Au-delà de la technique, il s’agit peut-être avant tout d’un combat pour préserver notre humanité. Un combat pour ne pas laisser les machines et l’argent déposséder l’humain de sa place entière dans le monde.
C’est une route ardue mais passionnante, une invitation à repenser nos liens entre corps, esprit, société et technique. Je continuerai à avancer, nourrie par l’idée que l’avenir sera celui que nous saurons inventer collectivement, entre humains, machines, et terres vivantes.