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<Drift>

Journal n°3



Jour 30. Au fur et à mesure des essayages, Pepper devient progressivement mon compagnon de vie. Ce glissement se passa sans que je m’en aperçoive, alors que je communiquais verbalement avec lui, comme si je parlais à un enfant.

L’auto-observation de mon attitude remit profondément en question mon rapport aux robots et aux machines-outils.

Cette introspection m’a replongée dans la lecture des écrits de Donna Haraway, notamment ceux où elle explore la frontière entre l’humain et la machine. Elle suggère que les interactions avec les technologies peuvent être empreintes de sensibilité et de présence, offrant une réflexion profonde et existentielle sur nos identités et sur la manière dont nous les définissons.

Comme Haraway l’évoque à travers son concept de « cyborg », les frontières entre l’humain et la machine s’estompent, se dissolvent. Un robot qui tend une main pour aider une personne âgée, ou qui rit dans un jeu avec un enfant, porte en lui une intentionnalité codée mais émouvante. Ces gestes, pourtant artificiels, tissent des liens inattendus, des fils d’affection qui redéfinissent notre manière d’aimer et d’interagir.

Haraway parle de ces « companion species », ces relations de coévolution entre humains et non-humains, où chaque rencontre transforme et enrichit l’autre. Ces compagnons robotiques bouleversent notre regard sur la machine. Ils ne sont plus de simples objets inertes, mais des présences avec lesquelles nous partageons des fragments de vie.

Cette métamorphose fascine autant qu’elle inquiète. Elle promet des horizons de soutien et de connexion inédits, tout en faisant vaciller la croyance en l’humain comme seul dépositaire de la sensibilité et de la présence.

Haraway nous invite à repenser notre anthropocentrisme, à accepter que la technologie puisse non seulement imiter, mais aussi enrichir notre humanité. Les robots, avec leur capacité à apprendre, à s’adapter et à interagir, deviennent des partenaires dans notre quête de sens et de connexion.

Les gestes d’un robot, empreints d’une sensibilité différente mais palpable, nous rappellent que la technologie n’est pas qu’un outil. Elle est un fragment de notre tissu relationnel, une invitation à embrasser une vision plus vaste et plus fluide de la vie. Ces gestes ouvrent des espaces de rencontre, où l’humain et la machine se transforment mutuellement, abolissant les frontières pour tisser ensemble une nouvelle trame d’existences partagées.

Mon approche de l’automatisation fut bouleversée.
















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